Mes chers chartistes, bonjour!
Après une fin d'année assez mouvementée, je pensais pouvoir me poser tranquillement au fond d'un magasin d'archives, dont la fraîcheur m'aurait délivrée de cette canicule qui nous étouffe, mais je me rends compte que mon stage ne sera pas de tout repos...
Je repars au début : deux semaines après les partiels, lors desquels je n'ai pas vraiment brillé, je suis allée à Thérouanne avec Sophie.
Au XVIème siècle, tout le nord de la Gaule était envahi par Charles Quint. Tout le nord? Non! Un petit village résistait vaillamment aux assauts de l'ennemi, grâce à la potion magique que fabriquait leur vieux druide. Mais un jour, le druide perdit ses lunettes. Et comme il n'y voyait plus très bien, il confondit les ingrédients et concocta une potion qui affaiblit tous les habitants au lieu de les rendre plus forts. Aussitôt Charles Quint profita de cette faiblesse et rasa le village. Les habitants eurent tout juste le temps de fuir, laissant sur place toutes leurs affaires, que nos prédécesseurs archéologues eurent la joie de déterrer. Car il faut savoir que si les premiers Thérouannais allèrent s'installer ailleurs, d'autres arrivèrent quelques années plus tard et reconstruisirent le village, et ainsi passèrent les générations, jusqu'à ce qu'on s'aperçût que le petit cimetière ne suffirait bientôt plus à les accueillir. La solution était toute simple : acheter une parcelle du champ voisin pour l'agrandir. Seulement voilà, il fallait d'abord fouiller le site avant d'y loger qui que ce soit. De sympathiques archéologues professionnels se présentèrent, avec la promesse d'un travail vite fait bien fait, mais un devis un peu moins sympathique. C'est alors que surgit madame Noyé sur son cheval blanc (notre prof d'archéo), qui mit tous les autres hors jeu en proposant la même chose gratuitement. La même chose, ou presque, parce ce n'est pas très prudent de donner une truelle à un pauvre chartiste de première année qui ne comprend rien aux unités stratigraphiques. Mais bon, c'est une autre histoire... Toujours est-il que nous nous sommes retrouvées à quatre pattes dans la boue, inspectant chaque caillou, nous extasiant au moindre bout de tesson que nous trouvions. Nous avons aussi déterré des os, des dents, des scories de métal et des pièces de monnaie. Quand il pleuvait (eh oui, ch'est le nord!), nous nous rabattions sur le nettoyage et la numérotation desdits tessons, en chantant ! Les habitudes ne se perdent pas : Santiano, Il n'y a pas d'amour heureux... Conclusion : une ambiance sympa, du temps pas trop mauvais dans l'ensemble, une activité assez plaisante quand on trouve autre chose que des cailloux, bref, une bonne semaine.
Aussitôt revenue, aussitôt repartie! Dès le lendemain de notre retour à Paris, je prenais le train pour Berlin, mais sans Sophie cette fois. C'était censé être un voyage de désintégration, mais comme je ne me sentais vraiment intégrée qu'à une très petite minorité des personnes qui étaient présentes, je crois qu'on peut dire que c'était un simple voyage. On se donnait des points de rendez-vous, mais sinon chacun allait où il voulait dans la journée, ce qui était plutôt bien. En tant que chartistes consciencieux, nous avons visité les archives de la STASI, ce qui était très intéressant (et pas seulement du point de vue archivistique). A part ça j'ai visité quelques musées, le château de Charlottenburg et les sites touristiques comme la porte de Brandebourg et le mur de Berlin. Cette ville est monumentale, il n'y a pas une ruelle, mais des avenues très très larges, entourées par des trottoirs tout aussi larges, et courant sur des kilomètres sans être coupées par un seul passage piétons, ce qui est assez perturbant. Cette semaine là aussi il a fait beau, on a pu parcourir la ville en long et en large ; c'était la première fois que je venais et ça m'a bien plu.
Aussitôt rerevenue, aussitôt rerepartie! Ayant retrouvé Sophie, nous partîmes pour Nantes, de justesse car j'arrivai à la gare à la dernière minute. Les visites s'enchaînèrent à un rythme fou, nous faisant valser entre Nantes et Angers : archives départementales, musée de la ville de Nantes (au château : souvenirs, souvenirs!), musée des beaux-arts, bibliothèque municipale et universitaire, et centre des archives diplomatiques (archives des ambassadeurs). A la fin de la semaine, nous étions claquées. L'après-midi, pendant la digestion, nous étions toutes les quatre à comater en faisant semblant d'écouter attentivement des explications qu'on nous avait déjà plus ou moins données les jours précédents, et posant pour la énième fois, avec l'air de la fille super intelligente qui vient de trouver LA question de génie, question qui faisait en fait partie de nos consignes concernant le stage : « Et sinon, quelles sont vos relations avec les autres institutions culturelles, telles que les archives nationales ou la bibliothèque municipale? ». Cela dit, c'était quand même très intéressant. Ca change un peu de ce qu'on voit d'habitude, et on s'aperçoit que concrètement, ce qu'on apprend à l'Ecole, ça n'a pour ainsi dire rien à voir avec le métier qu'on sera amené à exercer plus tard. Bien sûr, il y a des enseignements qui nous serviront, mais ils ne suffiront pas, loin de là. Encore une fois, il a fait beau, ce qui a embelli encore plus ces charmantes villes que sont Angers et Nantes. On a mangé des glaces, descendu l'Erdre en bateau-bus, fait des grimaces et rencontré des gens bizarres à l'auberge de jeunesse, c'était plutôt bien. Le seul problème, c'est qu'il va falloir rédiger un rapport, assez rapidement avant d'avoir tout oublié, et que je ne suis vraiment pas motivée...
Le jardin du château et la cathédrale d'Angers
Aussitôt rererevenue, aussitôt rererepartie. J'ai passé le week-end chez moi, et je suis revenue à Paris avec mon père et une de mes soeurs pour déménager. Sophie et Stéphane me furent d'une très grande aide, et je les remercie encore une fois, puisqu'ils ont fait plus d'allers-retours que moi. Adieu Paris, le 3e, la petite rue Notre Dame de Nazareth, me voilà arrivée au Kremlin-Bicêtre! Cette fois j'ai 25m² pour moi toute seule, et au premier étage en plus! Mes cartons encombrent encore la pièce, j'ai vidé le dernier avant-hier. Il ne me reste plus qu'à le décorer : les murs sont tout blancs, ça fait un peu nu. Mes voisins sont un peu bruyants, mais ça vient aussi du fait qu'avec la chaleur, tout le monde laisse ses fenêtres ouvertes. J'entends toutes les conversations, mais ça ne m'apporte pas grand chose puisqu'en général ils ne parlent pas français...
Voilà la pièce principale. Sur la 2e photo, on aperçoit l'entrée de la chambre, mais je ne l'ai pas photographiée parce qu'elle est à peu près de la taille de mon lit.
Dernière nouvelle : mon stage aux archives de Paris. Après quatre semaines de tentatives infructueuses pour joindre la directrice au téléphone, afin de définir mon programme de stage, je me présente à 9h30 à l'accueil sans savoir ce qui m'attend. On me demande si j'ai rendez-vous avec la directrice ; comme c'est le seul nom que je connais, je dis oui. Manque de chance, la directrice est en réunion. Bon, on va vous coller avec le responsable de la collecte, mais il faut l'attendre parce qu'il n'est pas encore arrivé. Au bout d'une demie-heure, toujours rien. Je m'assure qu'on ne m'a pas oubliée ; en fait, le responsable n'est toujours pas là. L'homme à l'accueil finit par appeler son adjointe. Heureusement, parce que ledit responsable est en rendez-vous à l'extérieur, j'aurais pu l'attendre longtemps! L'adjointe, qui est gentille mais qui vient d'apprendre qu'elle aurait une stagiaire sur les bras et ne sait pas trop quoi en faire, me fait découvrir les joies de la consultation de documents numérisés en salle de lecture, et me donne à lire le bilan des collectes 2008. L'après-midi fut plus intéressant : j'étais avec le responsable dans le bureau des renseignements. Quelques lecteurs sont venus poser des questions ou demander qu'on aille consulter pour eux des documents (c'est pas qu'ils sont paresseux, c'est juste que les documents sont trop fragiles pour être communiqués), mais le reste du temps il m'a expliqué son travail. Lorsque la dernière lectrice est arrivée, mon tuteur devait aller en réunion, il m'a alors demandé d'aller faire la recherche toute seule. J'ai oublié de préciser que les archives de Paris sont un véritable labyrinthe, tous les couloirs se ressemblent, il y a des ascenseurs à différents endroits donc on ne fait jamais deux fois le même trajet, enfin bref, c'est un miracle que j'aie retrouvé les magasins du premier coup. Seulement le problème, c'est que mon tuteur ne m'avait pas donné la bonne cote, il avait inversé deux chiffres. J'ai donc parcouru le premier magasin dans tous les sens, jusqu'à ce qu'il me vienne à l'idée d'aller voir dans le troisième (où on avait déjà effectué la recherche précédente). Les cotes correspondaient mieux, mais nouveau problème : il me fallait les registres 339 à 344, et il y avait un trou entre 317 et 397. Forcément. Comme je savais que ça concernait l'année 1870, j'ai cherché aux environs, j'ai ouvert d'enormes registres de 1870, mais ça ne correspondait pas du tout. Et finalement, dernier sursaut avant l'abandon, j'ai changé d'allée, et là j'ai trouvé mes registres!!! Tout ça pour rien car l'information demandée n'y était pas. La lectrice m'a appris par la suite qu'en fait, elle n'était pas sûre de l'année ... Super! Enfin, voilà les joies du monde des archives. A part ça, j'ai visité différents services, ce qui m'a vaguement rappelé la semaine dernière, je commence à en avoir un peu marre d'entendre les gens raconter un peu toujours la même chose, avec des variantes. Et sinon je suis allée visiter la Maison Victor Hugo et le Centre des Recherches, Expertises et Contrôle des Eaux de Paris, pour voir les archives qu'ils avaient, celles qu'ils voulaient bien nous donner et celles qu'ils pouvaient éliminer, mais il n'y avait rien de formidable. Dans l'ensemble, l'équipe est sympa. L'accueil n'était pas top, mais il faut préciser que la plupart d'entre-eux ont appris mon arrivée le matin même... Vive la communication!
Voilà voilà, je crois que j'arrive au bout de mes aventures, au moins jusqu'à aujourd'hui. Maintenant, j'attends avec impatience le récit des vôtres! Bisous à tous!
Lucie D.
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Basilique Saint Vital à Ravennes (VIème siècle)
Mantegna, plafond en trompe l'oeil de la chambre des époux, palais de Mantoue,
XVème siècle


